Babylon Circus en interview
6 Avril 2005 - l'Elysée Montmartre - Paris

Quelle est la définition de Babylon Circus?
Manu : C'est une joyeuse tribu qui est née il y a presque 10 ans sur la colline de la Croix Rousse à Lyon. Ce sont des gens venus d'un peu partout qui se sont retrouvés autour de l'idée du voyage en musique. On a construit une machine à roulette qui nous permet de voyager sur les routes, dans la musique, dans les cultures, dans nos têtes, dans l'imaginaire. ça a donné des centaines de concerts, 3 disques dont le dernier "Dances of Résistance" sorti en 2004. Donc voilà on est tourné en France et bien content de l'être.
Combien de personnes êtes-vous sur scène?
David : C'est une tribu qui ne finit jamais de s'agrandir. On est 10 personnes sur scène et 18 sur la route. C'est une grande famille mais comme on dit famille nombreuse. famille heureuse .
Comment se compose le groupe au niveau des instruments ?
Manu : Il y a 4 cuivres: sax ténor, sax alto, trombone et trompette, 1 basse, 1 batterie, 1 guitare, 1 clavier et nous deux au chant. Et ça fait déjà du bruit.hulala!! David : Un des principaux intérêts de ce nombre-là, outre la richesse sonore, est l'apport mutuel dû à l'histoire, au parcours et aux influences musicales de chaque musicien. C'est la base de l'histoire du groupe. Pour illustrer par exemple Georges le guitariste ,vous verrez l'espèce de clown électrique, électrifié, électrisant, vient du punk rock, des musiques électriques assez speed. Il y a des cuivres qui viennent du jazz, Manu a écouté beaucoup de reggae, moi j'ai appris la musique en jouant dans la rue. Vraiment c'est toutes ces différences qu'on met en commun et qu'on transforme en richesse.
Au niveau des compositions, il semblerait que ce soit vous les maîtres du crayon?
Manu : Ouais, la grande majorité des textes c'est nous qui les écrivons et après par contre la musique est faite en groupe. ça fait parti aussi de nos richesses de pouvoir. par exemple le trombone va écrire une partie et chacun apporte sa pierre à l'édifice et du coup est là après pour le défendre sur scène. C'est ça qui est très important pour nous, c'est que chacun se sente vraiment partie prenante et puisse mettre ses tripes sur chaque morceau.
Pourquoi avoir fait le choix de chanter en anglais sur certaines chansons? Avez-vous des origines?
Manu : Moi j'ai de la famille anglaise donc c'est un peu dû aux origines. Et puis les choses viennent comme ça, c'est pas vraiment 1 choix, c'est juste que le voyage aussi entraîne ça. Forcément on va dans des pays où on parle pas le français et l'anglais est la langue internationale.
Quels pays par exemple?
Manu : Un peu partout, on a fait des tournées en Europe, Europe de l'Est, Europe du Nord, ex-Yougoslavie, Pologne, Danemark, Irlande. On est allé jusqu'à Moyen-Orient, en Syrie, au Liban. David : Et si la langue anglaise est vachement utilisée sur le dernier album, parce que si on regarde l'album d'avant était majoritairement en français, c'est lié à notre histoire, à ce qu'on vit au moment où on écrit les chansons. Tous les pays que Manu a cité, on a passé 1 an et demi à les écumer, c'est à dire à pas jouer en France donc à être très souvent amené à utiliser la langue de Shakespeare et c'est une des raisons principales qui fait qu'on écrit beaucoup en en anglais en ce moment. Peut-être que si on décide d'aller s'exiler 2 ans au Maroc, on fera un album en arabe. Moi j'aimerais bien personnellement, ce serait rigolo. Manu : De toute façon la musique et la danse, ce sont des langues internationales, universelles et il y a pleins de pays où on va, où ils parlent ni français, ni anglais et là ça va être dans la danse, dans les émotions, dans les images, dans la chaleur. C'est ce qui nous a amené à travailler avec des comédiens, des acrobates, des danseurs de hip hop, des capoeristes, de toucher un peu à tout, non pas pour essayer d'imiter et de rapporter ça sur scène tel quel, mais pour enrichir notre vocabulaire parce que, par exemple quand on a joué en Syrie c'était un concert gratuit dans la rue donc ouvert à tout public. Il y avait toutes les générations: des vieux, des enfants, pleins de femmes. C'était bien mélangé mais la plupart ne parlait pas anglais. Il faut savoir que c'est quand même une grosse dictature très lourde, culturellement c'est bien vissé on a pu s'en rendre compte. Quand on a fait ce concert, on a fait aussi une déambulation dans la rue, c'était vraiment des moments magiques où les gens te parlent avec le sourire, où dans leurs regards les gens te donnent leur danse et ça c'est des moments très forts et là on voit qu'il y pas juste les mots, il y a vraiment une grosse partie de feeling. Quand on revient en France, on est enrichi de ça et on le vit avec les français aussi. C'est un plus. C'est du bonus!!
Quels sont les groupes qui vous ont influencé? La Mano Negra?
David : Oui, mais plus largement toute la vague alternative des années 80-90 qu'on a finalement assez peu connu puisqu'on était jeune mais qu'on a vécu quand même par des disques et tout ça. La Mano Negra c'est ceux dont on se rappelle aujourd'hui mais il y a eu beaucoup de groupes à cette époque-là qui ont ouvert des portes dans lesquelles on s'est engouffré maintenant, c'est à dire le métissage, mélanger du reggae à du rock, du raï, du rap, enfin bref partir du principe que c'est de la musique et c'est ça qui est important: mélanger les langues, les instruments donc ça ça a été une grosse partie de nos influences au même titre que l'esprit de théâtre de rue et du do it yourself, c'est à dire que t'as des idées et bien vas-y, il faut se lancer. Mais comme je disais tout à l'heure il y a aussi beaucoup d'autres musiques que ce soit les musiques de l'Est, le jazz, les musiques du monde, la techno. Plus ça va, plus on est ouvert, plus on est perméable à notre environnement, parce que là où je suis d'accord pour dire qu'on sent des influences, on reste quand même dans notre époque et je pense que c'est une chose de super importante de ne pas essayer de recréer des choses qui ont déjà été très bien faites il y a quasiment 15 ans maintenant, mais au contraire de finalement aller plus loin, de découvrir de nouvelles choses en restant en phase avec l'époque dans laquelle on vit.
Est-ce qu'il y a un message que vous souhaitez faire passer à travers vos textes?
David : Dire qu'il y a un message est un peu restrictif. On parle de ce qui nous touche, nous tient à cour, de ce qu'on vit, de ce qu'on voit dans nos vies de tous les jours. Il y a une chanson qui s'appelle de la musique et du bruit, c'est une histoire de quartier qui peut être vue juste comme une histoire un peu poétique, un peu imagée d'un quartier idéal où tout se passait bien et puis Sarkozy arrive. même si ce n'est pas dit très clairement dans le texte parce que ce serait enfermer le truc dans un moment précis alors que c'est une chanson qui doit rester intemporel en fait. Mais bref une histoire où ça finit mal avec justement là où il y avait du bordel mais de la vie, on se retrouve avec de la propreté mais du silence. Et voilà tout ce qu'on écrit c'est n fonction de ce qui se passe dans l'actualité, dans la rue, nos coups de gueules, colères, espoirs, envies, rêves. Manu : S'il y avait un seul message, si on pouvait le mettre dans un mot pour moi ce serait un message d'amour dans le sens général du terme: après ça peut être dans une histoire d'amour, une histoire rigolote, dans une histoire qui parle de violence urbaine comme lost in the jungle. C'est l'histoire d'un petit gamin se promenant dans la ville et il est un peu violent, il casse des cabines téléphoniques et je parle de la violence qu'il a vécu depuis qu'il est né qui a été beaucoup plus grande, plus grosse, plus chaude mais je ne dis pas ça dans la chanson, je dis juste perdu dans la jungle. C'est tout, il faut laisser la liberté aux gens, à la musique de parler. Nous, on n'a pas de leçons à donner, on n'a pas d'idéologie prémâchée à essayer de donner aux gens, on ne veut pas les moraliser. David : On propose notre point de vue, on impose rien à personnes. Au contraire je pense que c'est comme dans n'importe quelle discipline artistique, plus tu laisses la place, plus le sens critique, l'imagination de l'auditeur va être stimulé. C'est important qu'il fasse parti du chemin.
Est-ce qu'il y a un disque en prévision?
David : On écrit des chansons actuellement sur la route. Là on en est plus au stade de la genèse, des choses qui ne sont compréhensibles que par nous pour l'instant et pour un moment puisque là on a encore beaucoup de choses à faire: on a la tournée en France qui dure jusqu'à mai, après on part à la Réunion, après juillet/ août/ septembre sur les routes d'Europe. Après on fait un petit break, puis on repart en Angleterre, au Canada et au Japon donc ça va être dur quand même d'enregistrer n album d'ici-là. Surtout que quand on va revenir en France, ce sera les dix ans donc là il y aura peut-être quelque chose qui va sortir pour marquer le coup.
1 DVD live peut-être?
David : On ne sait pas encore! (grand sourire!) Il y aura peut-être quelque chose. mais l'année prochaine sera en tout cas plus axée sur l'écriture et l'enregistrement d'un nouvel opus.
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